Live-report de FAUVE au Bataclan

Vendredi 7 juin 2013

initialement publié sur Trendhustler.com

Il faut (au moins) avoir vécu dans une grotte cette année pour passer à travers le filet FAUVE. Pour les retardataires : FAUVE est un collectif ouvert, uni par “une conception partagée de la Vie et des Gens”. Plus précisément, FAUVE croit à l’Amour rédempteur, “baise les rapports humains baisés, défait le défaitisme, hait la haine et a honte de la honte,” comme il l’explique sur son site.

Des conceptions que ce collectif d’une trentaine de personnes a décidé de poser en chansons à partir de 2010, avec un première titre fort : « Kané », au refrain cosmique (“Parce que t’es beau/Comme une planète/Je t’ai dans la peau/Je t’ai dans la tête/Et quand bien même y’aurait que moi/Tu peux pas/Tu peux pas/T’en aller comme ça”), sur une guitare tourbillonnante.
FAUVE ne chante pas, FAUVE clame son mal-être et des rêves de nuits meilleures. FAUVE est ainsi “désespérément optimiste”. A l’oreille, c’est un flot de paroles quasi-ininterrompu, emporté par l’urgence de passer des messages, sur des guitares post-punk forcément mélancoliques et des beats empressés, hypnotiques. Un combo salvateur que l’on retrouve sur leur premier EP, Blizzard, sorti le 20 mai dernier.

FAUVE s’est fait connaître à coup de concerts dans les moindres recoins de France, pour des prestations unanimement saluées. Mais dans une certaine mesure. Car FAUVE fait polémique, comme tout groupe qui débarque sur une scène musicale un peu trop endimanchée. Leurs textes simples sont montrés du doigt comme de la facilité, une bien-pensance bobo fade et nombriliste. On crie à l’imposture face à ce groupe de 5 jeunes hommes qui préfèrent rester anonymes, au coup monté, au marketing qui s’éteindra de lui-même.

Mais FAUVE a fait son chemin, et voilà qu’il se retrouve à la tête d’un Bataclan complet ce vendredi 7 juin. Un Bataclan, plein à craquer, alors qu’ils n’ont qu’un EP fraichement sorti,Blizzard, rappelons-le. Cela relève de l’exploit, et surtout, démontre bien que FAUVE a mis le doigt sur quelque chose de significatif pour se mettre aussi facilement le public dans la poche. D’ailleurs, leur sigle  est simplement affiché à l’entrée de la salle, comme un code secret.

La foule est majoritairement composée de jeunes plus ou moins adultes, et surtout, de groupes de potes. A peine arrivée, j’entends déjà deux personnes s’engueuler. Un mec s’énerve à voix haute contre le groupe, les bras croisés. Sa voisine lui lance « C’est pas sympa ! Si t’es pas content, pourquoi tu restes ? » Il lui rétorque : «Ben je m’en fous, j’ai été invité. » Alors voilà, c’est à cause de ce genre de tocards que la fête peut être gâchée, et que FAUVE se retrouve à tort taxé de groupe de poseurs sans substance. Tout ça parce qu’ils ont eu le malheur de plaire d’abord au microcosme parisien. Forcément, c’est suspect. Pourtant, il suffit de jeter un œil au chanteur, simplement vêtu d’un polo brun et d’un jean, une coupe de cheveux anecdotique, contemplant la foule d’un œil brillant, pour se convaincre que la pose n’est pas le fort de FAUVE.

Ce soir au Bataclan, la foule est d’avance conquise, pleinement. Les premières notes de l’angoissante « Sainte-Anne » retentissent, et déjà, les bras se soulèvent. Derrière le groupe, des images chiadées sont projetées sur quatre longs pans de tissus blancs. Entre chaque titre, le signe  revient, d’un rouge sang profond. Haut les Cœurs est scandée comme un hymne, Cock Music Smart Music impose son flow épileptique, le chanteur allant d’un bout à l’autre de la scène d’un pas pressé, comme poursuivi par une ombre effrayante.

Le quintet rennais poursuit avec « 4.000 Îles », appelant à l’évasion. Bonne idée du chanteur, emporté par l’enthousiasme : transformer la foule en chorale improvisée pour reprendre « Emmène-moi », comme une injonction désespérée. Après quelques minutes d’échauffement, le groupe se lance, la foule suit avec ferveur. C’est beau, mystique. Sur les écrans, des images d’avion défilent, et le Bataclan semble hors du temps. Arrive Jennifer, chanson difficile sur le harcèlement, où l’on hoche de la tête en approbation du message d’espoir livré (« Tu peux la prendre dans tes bras/Et lui dire que le jour se lèvera au moins une fois »), assaillis de flashs blancs. FAUVE nous offre ensuite un titre inédit, « pour tous ceux qui sont nés dans les années 80, et les autres », sur fond d’images de pom-pom girls. On y parle d’un mec à la dérive suite à une rupture, qui prévient « Je suis dangereux, dangereux », dans la même lignée que Sainte-Anne. Un beau moment un tantinet gâché par des problèmes de micro pas assez fort.

« Maintenant, c’est la chanson pour pécho. Il faut que le Bataclan se transforme en boom », annonce le chanteur, tandis que les spots se braquent sur une boule à facettes géante. Vient la délicate « Rub a Dub », où un mec aborde une fille sans se faire d’illusions, livrant son cœur sur un plateau. « Sortez les briquets », scande-t-il encore. La salle s’exécute, alors que des extraits de Grease passent en boucle. Deux filles du public, perchées sur des épaules, accomplissent une petite ronde aérienne dans une lumière bleue. Les gens sourient, s’allument une clope. Ou plus. Le chanteur, qui est décidément le seul à parler, se fend d’un touchant discours de remerciement : “Merci à vous, on vient de nulle part et ce soir on remplit le Bataclan ! On ne sait pas s’il y en aura un autre, mais en tout cas, merci. Ca nous a sortis de plein de trucs, vous savez. Ca a tout changé pour nous. » Une clameur s’élève de la foule, qui scande des « bravo » et « merci » entre deux vagues d’applaudissements. Assez rare pour être souligné. On a presque l’impression d’assister à un meeting plus qu’à un concert.

Les premières notes des « Nuits Fauves » relancent l’euphorie : le chant se transforme en hurlement, la guitare détale dans un riff puissant, la foule est emportée et reprend « Tu nous entends le blizzard ? Tu nous entends ? Si tu nous entends, va te faire enculer ! » avec une jouissance exquise. Frissons. Elle en veut toujours plus, et tape des pieds pour faire savoir son impatience. Elle est servie avec Blizzard, pas loin de devenir l’hymne de FAUVE, et peut-être d’une génération. Bien que le groupe se défend d’être un étendard. Comme on s’y attendait, Kané a été gardé au chaud pour un final qui dépasse l’entendement. Ca crie de tous les côtés, ça jubile, ça sautille, ça tape dans les mains sur un rythme beaucoup plus enjoué que la version studio. Un dernier « merci, on vous retrouve après pour aller boire des coups», et le quintet s’éclipse. Les lumières se rallument et nous rappellent au réel. Ca fait mal, c’était trop court, même si avec moins de dix chansons à son actif, on sait bien que le quintet ne pouvait que difficilement faire plus qu’un set d’une heure et quart.

J’étais assez anxieuse à l’idée de les voir sur scène, car la barre était très haute, à force de lire des live-reports dithyrambiques. Ce concert au Bataclan a été au-delà de mes espérances, et m’a confirmée dans l’idée que FAUVE est juste une bande de mecs qui s’est servi de la musique comme d’un exutoire, et ce, comme tant d’autres avant eux. Mais d’une manière si accessible, crue, comme de la chair à vif, que nous sommes nombreux à nous y être abandonnés. Et qu’importe si ça ne dure pas, FAUVE aura apporté quelque chose de fort au moment où c’était nécessaire. Le Bataclan s’est noyé corps et âme dans une nuit FAUVE. Il s’en souviendra.

Ma chanson du dimanche 2 juin 2013

Penny-Hanni El Khatib

from Head In The Dirt (2013)

Je poursuis dans l’ambiance western/garage rock édulcorée à la fournaise californienne pour vous causer deux secondes de Hanni El Khatib, heureux poulain de Dan Auerbach, seconde moitié des merveilleux Black Keys. Ils se sont rencontrés dans un bar parisien, si c’est pas l’annonce d’une longue idylle. 

Après un premier album énervé et lâché dans un souffle, illustré de la chaloupée Dead Wrong, Hanni El Khatib revient avec Head In The Dirt, où l’influence d’Auerbach est évidente. Faut dire qu’il n’a pas hésité à l’enfermer à Nashville pour l’enregistrer, loin des tentations de Los Angeles.

Ce deuxième opus est acide, violent, mais savamment sexy, des singles Family et Skinny Little Girl aux plus légères mais tout aussi puissantes Penny et Save Me. Un régal pour les amoureux de riffs bien sentis, couplés à un clavier orgue extatique. De quoi convertir n’importe quel païen.

Sur scène, ce gaillard tatoué impressionne, c’est le moins qu’on puisse dire. Le show s’écoule sans s’essouffler, porté par des titres courts mais furieusement efficaces. La petite foule du Trabendo n’a pas manqué de perdre le contrôle sur Nobody Move, Family, Skinny Little Girl, Dead Wrong, ou encore, Loved OneChaque interprétation est une claque, et on tend chaque fois l’autre joue. Hanni est en sueur, descend des canettes de Heineken comme du petit lait. Ses fréquents haussements de sourcils trahissent sa surprise à chaque pétage de plomb du public. Le  gus est encore dubitatif de son succès. Il nous l’assure, un peu titubant : “je te kiffe”. Le bonheur, ça fait parfois mal.

Ma chanson du samedi 25 mai 2013

Do I Wanna Know-Arctic Monkeys

from ? (2013)

Alors oui, le son est dégueulasse. La vidéo a dû être enregistrée depuis un portable/appareil photo assez pourri, mais tant pis. Sous les crépitements, on sent déjà l’énorme potentiel de cette chanson. Il suffit d’entendre les hurlements de la foule pour s’en convaincre.

Do I Wanna Know offre donc un avant-goût du successeur de Suck It And See, l’album le plus américain que ces british aient jamais fait. Souvenez-vous : Alex Turner a laissé tomber son col roulé porté dans Cornerstone, coupé ses boucles à la Beatles en banane gominée inspirée du grand Elvis. Il s’est même gonflé les pectoraux pour pouvoir crânement porter des T-shirts moulants, avec même une veste en toile et long col coloré. A la Elvis, encore.

Une transformation qui n’est également pas étrangère au nouveau pote de la bande à Turner : monsieur Josh Homme, gaillard rouquin d’1m93, à la tête de deux des formations rock les plus influentes du moment : Queens of the Stone Age et Them Crooked Vultures, avec les non moins mastodontes Dave Grohl, John Paul Jones et Alain Johannes

Josh, c’est un peu ce mec tellement plus cool et bad-ass que toi, et qui te fait sortir de ta coquille en un clin d’oeil. Alex n’y a pas échappé. Et même le batteur des singes de l’Arctique, Matt Helders, avant engoncé dans des sweats à capuche Adidas, a troqué sa dégaine d’ado un peu joufflu et boutonneux pour des vestes en jean sans manches, des biceps surdimensionnés, une coupe rasée sur le côté et un regard de voyou sans foi ni loi (il suffit de regarder les clips de Evil Twin et Suck It And See). Plein de modestie, le mec se surnomme même “AGILE BEAST”, qu’il revendique à renfort de scotch noir sur sa grosse caisse. So bad ass. 

Bref, Arctic Monkeys a bien changé depuis Whatever They Say I Am, That’s What I’m Not, passant des kids de Sheffield bouffant au fish & chips du coin, à gentlemen séducteurs, puis rebelles venus du désert californien. Un nouveau style qui leur sied bien (il faut dire que le rock californien et moi, de Red Hot Chili Peppers à Best Coast, en passant par She & Him, c’est l’amour fou). 

Pour en revenir à Do I Wanna Know, on voit que le groupe poursuit sur la lancée impulsée sur Suck It And See : tu as aimé la sueur, la testostérone, les paroles sexy as hell, les riffs de guitare stridents, fendant l’air avec langueur et précision ? Tiens mon pote, on te file une double rasade. Dès 2013. 

"I dreamt about you

You made every night this week

How many secrets can you keep ?

Cause there’s this tune I found out

It makes me think of you somehow

I play it on repeat 

Until I fall asleep”

Ma chanson du lundi 29 avril 2013

Blizzard-FAUVE

Un peu de beauté et d’amour pour bien commencer la semaine. Dire que j’ai hâte d’aller à la Nuit FAUVE du 7 juin est un euphémisme. 

Ma chanson du dimanche 21 avril 2013

Caramel - DUEL

from Vertiges #1 (2012)

Je sais. Cette semaine, j’aurais pu vous parler de Get Lucky (de vous-savez-parfaitement-de-qui-je-parle), avec -enfin- une version officielle. Mais non. Parce que de toute façon, ILS SONT PARTOUT (Suivez mon regard vers Spotify qui m’envoie bien cinq notifications pour me signaler que le morceau est disponible -LEAVE ME ALONE).

J’aurais aussi pu vous parler du nouveau single de Is Tropical : Dancing Anymore. Le problème étant que je tiens un minimum à l’intégrité visuelle de ce blog. Donc je me contenterai de vous dire que c’est un morceau génial à tout point de vue, dans la ligne de basse du-sexy-en-veux-tu-en-voilà, les synthés invitant au collé-serré, les échos vaporeux dans la voix. 

Donc j’ai préféré vous parler de DUEL, duo français dont j’ai du mal à savoir grand chose (ils ne sont pas beaucoup sur les réseaux sociaux ces petits zozios). Tout ce que je sais, c’est qu’ils ont sorti deux EPs chez le label parisien indépendant Roy Music (à qui l’on doit Talisco, Alba Lua et Odelaf, entre autres). Ils sont entièrement disponibles sur Youtube : courrez-y, c’est de la pop frenchy bien sucrée aux années 80. Simple mais ultra-efficace et soigné.