Ma chanson du dimanche 27 mai 2012
Penny Lane-The Beatles
from Magical Mystery Tour (1967)
Ce week-end, je suis allée à Liverpool avec une très bonne amie que je n’avais pas vue depuis (trop) longtemps. C’est elle qui avait suggéré l’idée d’un petit voyage dans la ville des Beatles pour célébrer nos retrouvailles. Au départ, je ne savais pas trop quoi en penser.
Il faut dire que je m’intéresse plus au rock “actuel”, mais depuis un peu plus d’un an, je m’efforce à écouter des groupes emblématiques sans qui ce rock actuel, justement, ne serait pas.
A commencer par les Beatles, que j’ai appris à connaître dans mon cours d’Histoire du Rock assuré par le journaliste rock Julien Bitoun, à Sciences Po, pendant ma première année de licence universitaire. J’ai pu y comprendre l’importance de ce quatuor, précurseur de la popular music, maintenant dite “pop music”. Une musique qui parle à tous, tout en sachant garder un côté excentrique propre à la Britishness, entre bonnes manières et trips cosmiques.
Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, sorti en 1967, est celui qui me fascine le plus. Réalisé suite à leur voyage en Inde, où ils ont expérimenté à haute dose drogues et hallucinatoires et méditations incantatoires, il se distingue de leurs sept précédents albums, beaucoup plus sages et lisses. On peut y écouter la célèbre Lucy In The Sky With Diamonds, écrite par Lennon s’inspirant d’un dessin de son premier fils, Julian.
Cependant, je suis surtout devenue obnubilée par la chanson de clôture, A Day In The Life, dont l’écriture a été scindée entre McCartney et Lennon. Je l’ai entendue pour la première fois durant mon cours d’Histoire du Rock, et elle me hante régulièrement depuis. Chimérique, elle commence par une douce balade guitare acoustique-piano interprétée par Lennon, jusqu’à ce qu’un tourbillon de cordes inquiétant ne l’emporte dans une valse de cuivres tonitruants. L’épopée se termine dans une tempête orchestrale assourdissante, le piano en donnant le dernier glas, glacial.
Ce week-end à Liverpool n’a fait que renforcer mon envie d’écouter de fond en comble la discographie immense du groupe. Nous avons pèleriné (oui, c’est bien le mot adéquat) de Princes Park à la maison d’enfance de Paul McCartney, située au 20, Forthlin Road. A notre arrivée, après une heure et demie de marche sous un soleil de plomb (coups de soleil à l’appui), nous avons bifurqué à droite depuis Mather Avenue, où était stationné un “Magical Mystery Tour Bus”, aka un bus aux couleurs psychédéliques transportant des hordes de Beatles fans aux quatre coins de Liverpool pour la modique somme de 15,95£, exactement le même prix que le musée The Beatle Story sur l’Albert Dock. Mais nous étions des warriors, et accessoirement des étudiantes fauchées, alors tout cela nous paraissait bien trop facile. Et cher.
Nous avons eu de la chance : la cinquantaine de personnes agglutinée devant la maison de Paul est vite retournée gentiment dans son bus, et nous a fait place. J’avoue avoir été un peu étonnée de la simplicité de la maison : petite, avec un jardin carré, des bosquets bien taillés et des murs de brique flamboyant au soleil, elle n’avait rien de plus que ses voisines adjacentes. Au final, c’est ce qui m’a le plus plu. Je m’attendais à un site de foire, avec une centaine de curieux se prenant en photo les uns après les autres, ôtant toute intimité à l’instant. Aussi, après quelques photos de touristes/fans hystériques, nous nous sommes posées sur le trottoir d’en face pendant une petite demi-heure, à observer cette maison vivre dans son environnement habituel, qui n’a sûrement pas beaucoup changé depuis les années 60. On a même rêvé à l’enfance de McCartney, dans ces suburbs posh de Liverpool, où il ne devait pas y avoir grand chose à faire. A part composer.
Auparavant, nous étions également passées par Penny Lane, petite rue montante tout ce qu’il y a de plus ordinaire, et pourtant célébrée dans la chanson du même nom. On y trouve aujourd’hui un barbier appelé The Barbers, reprenant la même typographie que celle utilisée pour le double album blanc. D’abord présente sur un double single figurant en deuxième face Strawberry Fields de Lennon, elle fut écrite par McCartney, qui n’a donc pas habité bien loin, et figura finalement sur le Magical Mystery Tour LP de 1967.
Le lendemain, nous avons fait une halte dans un magasin consacré aux Fab Four, situé à l’angle de Mathew Street, officieusement rebaptisée « Beatles Street ». C’est dans cette rue que se situait le célèbre Cavern Club, pub/salle de concert enfoui sous terre, dans lequel le groupe a joué 274 fois. Des centaines d’autres groupes/artistes s’y sont également produits, leur passage étant commémoré sur le mur de briques entourant l’actuel Cavern, devenu pub depuis. Une statue de John Lennon y est nonchalamment adossée. Un peu plus loin, on peut voir le refrain de Imagine gravé sur une plaque, au-dessous de laquelle une caméra CCTV opère. Un contraste à la fois amusant et effrayant avec les notions de liberté et de paix promues par Lennon.
De l’autre côté du mur, le Liverpool Wall of Fame célèbre les artistes originaires de la ville, avec une grande place dédiée aux Beatles bien sûr, mais on peut aussi y voir Frankie Goes To Hollywood, entre autres. Surtout, une longue bande est encore vide, prête à accueillir les futurs talents liverpudliens. Gageons que cela arrivera.